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Interview de Sébastien LLADO (tromboniste)
 
Rencontre avec un musicien au grand cœur
 
Rendez-vous vendredi 12 mai devant la maison du poumon, par une belle journée de printemps avec Sébastien Llado, tromboniste, parrain de Capital Souffle.
 
ASGB :  Dites-nous (ou rappelez-nous) ce que vous faites dans la vie
Sébastien Llado : Je suis musicien tromboniste (trombones alto, tenor et basses, conques), compositeur et arrangeur. J’ai enseigné au Conservatoire de Malakoff, au conservatoire de Blanc-Mesnil et fait des masterclasses : au CMA à Valenciennes, aux Conservatoires de moulins et de Cahors. Depuis 2001, je suis professeur au CIM. J’y donne des cours de trombone et de solfège.
 
ASGB : Décrivez-nous un peu votre parcours
Sébastien Llado : Je suis né en 1972 à Perpignan dans une famille de mélomanes.  Mon père est chansonnier humoriste, ma mère chargée de production et contrebassiste amateur et ma sœur Fanny chanteuse de « nu-soul ». J’habite en région parisienne depuis 1976. J’ai fait des études au conservatoire national de Noisiel où j’ai obtenu des diplômes de trombone et de solfège classique en 1996 puis à l’American School of Modern Music, puis à Berklee College of Music (Boston, USA) de 1997 à 1998, puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSM). J’ai gagné trois prix de groupe au Concours National de jazz de la Défense et un prix de groupe au concours international de jazz de Hoilaart (Belgique).
 
ASGB : Quelle est votre actualité?
Sébastien Llado : Je vais jouer avec mon groupe, Sébastien Llado Quartet, au festival « Jazz sous les pommiers » à Coutances, le jeudi 25 mai. On joue des standards de la pop music avec Jérome Rateau au piano, Manu Brunet à la contrebasse et Guillaume Dommartin à la batterie.
Après Coutances, je serai à Deauville, dans le rôle de juré pour les « Victoires du Jazz », le 27 mai.
Le 19 mai, je pars à Lyon pour faire du coaching en studio pour la section de cuivres du groupe « Babylon circus ».
Et puis, début juin, je rentrerai en studio pour enregistrer la musique du prochain film de Tarsem Singh, « The fall » (son précédent film, c’était « The cell », avec Jenifer Lopez), celui-ci sera sur les écrans dans un an ou deux…aux USA, donc autant dire que ce n’est pas pour tout de suite la sortie en France !
 
ASGB : Avez-vous été content d’être choisi comme parrain de la campagne Capital souffle ?
Sébastien Llado : J’ai été très étonné, très agréablement surpris et très honoré de cette proposition. Le trombone n’est pas un instrument très médiatisé et je n’ai pas encore enregistré de disque. Je suis très honoré d’être aux côtés de Catherine Destivelle et de Loïc Leferme. J’ai des élèves de trombone et en solfège depuis très longtemps, je donne des cours depuis une dizaine d’années et mon expérience du souffle a intéressé ceux qui ont mis en place la campagne.
 
 
 
 
ASGB : Pourquoi avoir accepté d’être le parrain de Capital souffle ?
Sébastien Llado : Le souffle est très important pour les musiciens sur cuivres : trompettes, trombones, cors, tuba. Le saxophone a une spécificité en plus, le son sort de partout, pas seulement du pavillon, le son sort autour, dans les clefs. La gestion de l’air est très différente. Le son du trombone, lui, sort du pavillon. Le principe de souffle est le même que celui des chanteurs. Je me retrouve en position de théoriser le souffle alors que je fais ça plutôt naturellement. Mais c’est intéressant, d’autant plus que je suis obligé de l’expliquer à mes élèves.
C’est pour moi l’occasion de partager mon savoir et mon savoir-faire sur le souffle. Je pense profondément qu’il est toujours possible de progresser si l’on s’en donne les moyens et si on a les bons outils. C’est un message pour les malades respiratoires qui, eux aussi, peuvent progresser et respirer plus avec moins d’air, à condition de muscler quotidiennement leur diaphragme.
 
 
ASGB : Est-ce que vous espérez que votre participation à cette campagne Capital souffle incitera les gens à faire plus attention à leur souffle ?
Sébastien Llado : Oui, je l’espère car le souffle, c’est la vie !
   
 
ASGB : Pour les novices en musique, pouvez-vous rappeler l’importance du souffle pour pratiquer un instrument de musique, un instrument à vent en particulier ?
Sébastien Llado : J’apprends à mes élèves à souffler dans un trombone. Il y en a qui comprennent tout de suite, à qui on dit le truc qui fait qu’ils comprennent, d’autres pour qui c’est plus difficile. Ce n’est pas vraiment comprendre, c’est exprimer un ressenti. C’est très difficile. On est dans l’art, on ne peut pas vraiment expliquer. On est dans le domaine de l’émotionnel.
J’ai formé des trompettistes, des chanteurs et des chanteuses à la façon de souffler. La façon de souffler est la même et est super importante. Mon premier « cobaye » a été ma petite sœur qui est chanteuse ! C’est intéressant pour les chanteurs d’avoir le regard d’un non-chanteur. Si on souffle mal, on peut avoir des problèmes (polype à la gorge par exemple). On n’arrive jamais à bien jouer si on ne respire pas bien, on s’essouffle facilement
 
 
ASGB : Alors comment doit-on souffler ? Quelle respiration doit-on adopter ?
Sébastien Llado : Les gamins respirent super bien. Quand on devient adulte, on oublie des gestes respiratoires naturels chez un enfant. Quand on sort du ventre de sa mère, on a les bons réflexes, on respire avec le bas du ventre. Un bébé a une respiration basse, abdominale, il respire en gonflant le ventre. Une respiration complète comprend trois sortes de respiration : la respiration abdominale, la respiration thoracique qui est celle des coureurs de fond, c’est une respiration courte, et la respiration intercostale que pratiquent les chanteurs lyriques.
Il faut pratiquer une respiration abdominale, la plus basse possible. Avec une respiration complète, on a 1/3 moins de souffle qu’avec une respiration abdominale seule.
Il faut respirer le plus bas possible, retrouver des réflexes d’enfant. La bonne respiration est intuitive chez les gamins. Je pense qu’avec le stress de l’âge adulte, la respiration monte, se fait de façon plus haute. Si on respire en montant les épaules, le souffle est très court.
Le diaphragme est le muscle qui gère la pression du souffle. Il faut muscler le diaphragme pour avoir plus de souffle.
Il faut regarder une vidéo extraordinaire, on voit un trompettiste mexicain des années 50, Raphaël Mendez, qui fait un  morceau, « Mexican hat dance » en une respiration !C’est une légende, il avait un souffle hors du commun.
(NDLR : http://www.dailymotion.com/relevance/search/mendez/video/83471)
 
 
 
 
 
ASGB : Que faites-vous au quotidien pour entretenir votre souffle ?
Sébastien Llado : Je fais un exercice tous les jours, c’est une sorte de routine de travail. Je tiens certaines notes un certain temps. C’est de la musculation du diaphragme. Plus il est solide, ferme, musclé et plus on tient une note droite.
 
 
ASGB : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui vont vous lire pour entretenir leur souffle ? Qu’ils soient ou non musiciens.
Sébastien Llado : Apprendre à respirer le plus bas possible, respirer de façon abdominale Et muscler son diaphragme. On peut tous fabriquer des exercices pour muscler le diaphragme. Pour le repérer, on prononce le son « qué » (NDLR : ça fonctionne, j’ai testé !) C’est un conseil de Michel Ricquier, dans son Traité méthodique de la pédagogie instrumentale. Dans cet ouvrage, il aborde la respiration, la technique respiratoire pour les instrumentistes à vent . On y trouve des exercices à pratiquer de façon quotidienne. Ce bouquin là marche pratiquement avec tous les élèves !
Gérer son souffle est un apprentissage, chacun doit trouver la meilleure façon d’utiliser son souffle.
 
 
ASGB : Avez-vous déjà donné ou avez vous songé le cas échéant à donner des cours sur le souffle à des malades respiratoires (asthme, BPCO) ?
Sébastien Llado : Je n’ai jamais donné de cours à des malades respiratoires, j’ai eu un seul élève asthmatique léger. Comme on peut tous progresser, y compris un malade respiratoire, ce serait logique que des malades respiratoires viennent me voir. Ce serait très intéressant pour moi. Un cours est toujours un échange, j’apprends à mes élèves et ils m’apprennent. Là, l’échange serait super intéressant.
 
 
ASGB : On pourrait organiser une rencontre au CNMR, à la maison du poumon entre vous et des malades respiratoires ?
Sébastien Llado : C’est une excellente idée ! Ça peut m’apporter énormément. A voir !
 
 
ASGB : Quel est votre meilleur souvenir de concert ?
Sébastien Llado: Avec l’Orchestre National de Jazz de Claude Barthélémy, en tournée de 15 jours au Canada. On a joué dans des lieux prestigieux avec un public très réceptif, on y respire le bon air…En banlieue de Calgary, je me souviens avoir fait mes exercices matinaux au trombone dans un immense bois canadien. A Montréal, je suis allé écouter une dizaine de concerts avant de monter sur scène.
 
 
ASGB : Votre pire souvenir de concert ?
Sébastien Llado : Les mauvais souvenirs, ils sont déjà oubliés !
 
 
ASGB : Qu’est-ce qui fait battre votre cœur ?
Sébastien Llado : J’aime enseigner aux enfants, j’aime être celui qui initie, qui ouvre les yeux, ça ça me fait battre le cœur. J’ai « démarré » plein d’enfants au Conservatoire de Malakoff. C’est le moment important pour les élèves et on ne se lasse pas d’être celui qui leur fait découvrir un instrument !
 
 
Quand on vous dit que Sébastien a un grand cœur !
 
 
Le site de Sébastien Llado : http://www.sebastienllado.com
 
 
Ouvrage de Michel Ricquier : Traité méthodique de pédagogie instrumentale, Editions Billaudot, Paris, 1998.
 
 
 
 
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